8. September 1949

Interview mit Edouard Martinet (französisches Original)

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INTERVIEW MIT EDOUARD MARTINET

1949

Französisches Original des Artikels in: L’Illustre, Jg. 1949, Nr. 39, S. 17f. 📖 (ein Exemplar in: KBA 5085), auf dem die Edition (s. oben, S. 200–204) fußt.

Echo des quatrièmes Rencontres Internationales de Genève.
L’opinion du professeur Karl Barth

[…] «Quelle est votre opinion sur les Rencontres ?» […]

– Venant pour la première fois aux Rencontres, je n’avais aucune idée préconçue. Mais permettez-moi, tout d’abord, quelques petites critiques: aux entretiens, certains font étalage d’esprit. Ils ont en poche leur petit manuscrit, qu’ils veulent lire coûte que coûte, qui n’a souvent aucun rapport avec le sujet traité. Tant pis pour les auditeurs, pourvu qu’ils parlent aussi longtemps que possible. Nous ne sommes pourtant pas là à ce que j’appellerais, pour plaisanter, une foire intellectuelle. Le président devrait servir de catalyseur. Les entretiens devraient être un travail en commun, au lieu d’être un simple échange de vues. Quoi qu’il en soit, c’est une chose remarquable que ces Rencontres, que cette possibilité de confronter les opinions aussi diverses que celles d’un R. P. Maydieu et celle d’un Henri Lefebvre, apôtre du communisme. Il me fallait venir à Genève pour voir quelque chose de semblable. Ailleurs, serait-ce possible? Conséquences de cela: j’ai fait à Genève des connaissances impressionnantes. Je n’ignorais pas le communisme et le christianisme; mais vivre ensemble, avec des hommes représentatifs de ces deux formes d’humanisme, est une bonne chose. On peut, entre individus, arriver à une meilleure entente.

Ma deuxième question : «Comment votre expérience vous permet-elle d’apprécier les chrétiens et les non-chrétiens devant les difficultés de la vie pratique, de la guerre?» […]

519 – Chrétiens et non-chrétiens sont solidaires dans la détresse et le courage. Je n’ose pas prétendre que j’ai vu des chrétiens qui valaient mieux que les non-chrétiens. Ce n’est pas d’ailleurs ce qui fait le vrai chrétien. En toute humilité, il doit se ranger avec les autres. Pas d’ostentation. On est chrétien ou on ne l’est pas. Cela ne tient pas à des actes extérieurs, mais à une attitude, à une façon d’être.

Troisième question: «Pour vous, qu’est-ce qu’un humaniste?»

– On ne l’a pas défini, c’est drôle, […]. En somme, l’humanisme, c’est l’homme, et l’homme, c’est le je-isme. On a pensé à un nouvel humanisme, au marxisme, à l’existentialisme. Ou bien, c’est un concept historique, ou bien un idéal. En fait, ce sera ce que nous serons demain. Je n’aime guère les grands projets, les grands programmes en isme: marxisme, existentialisme – voire christianisme je puis bien le dire. On n’a jamais deviné le futur. Cependant, pour nous, chrétiens, il y a une certaine interprétation du futur. Je me dis: crois en ton Dieu, tu verras. J’accepte le nouvel humanisme, ce que je serai. J’accepte en toute joie et toute humilité ce que Dieu nous fera. Je ne suis pas un adversaire a priori. Ce qui compte pour moi, ce n’est pas tant l’humaniste que l’homme, créature et enfant de Dieu. Et l’homme futur correspondra à ce que nous accepterons ou refuserons. Ce sera un fait, non une idée.

Quatrième question: «Le marxisme, qui a été, avec le christianisme, un des deux pôles des Rencontres, est-il un humanisme?» […]

– Tout ce qui s’appelle isme, [...], est inhumain, c’est un programme, une idée, que l’on forge pour l’imposer. En ce sens, le marxisme, le capitalisme, le monisme, je dirai même le christianisme, que le diable les emporte! […] Les ismes sont des tentatives, […]. Si les ismes […] sont considérés comme des constructions auxiliaires, peut-être peuvent-ils être utiles. Mais dès qu’ils veulent être absolus, ils deviennent inhumains. C’est du totalitarisme. […]

– Ce que je vous dis là n’est pas spécialement dirigé contre le marxisme, qui contient des vérités. Marx était un grand homme. Mais si l’on en fait une idole, cela donnera de l’inhumanisme. En fait, je ne puis me joindre ni au communisme, ni à l’anticommunisme. Il ne faut pas en faire une question de principe. Le marxisme étant un principe, il ne faut pas lui opposer un autre principe. En bref, le communisme serait utile s’il était une contribution, non une thèse exclusive. Mais je |520 ne vois pas d’autre solution que la chrétienne à l’humanisme nouveau, que l’on nous a proposé comme thème des quatrièmes Rencontres, parce que nous ne régnons pas, nous sommes «régnés» par Dieu. Et c’est parce que je suis chrétien, […], que j’ai pu vous dire tout cela. On peut être appelé à faire connaissance avec d’autres humanismes, mais, en dernière analyse, il sera toujours question de l’homme, qui ne vit pas d’idées, ni d’un système, mais pour lequel la première comme la dernière question sera toujours celle-ci : «Qui es-tu, toi, et non pas ton isme?»

[…]